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Fédération des travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick

Mémoire présenté à la Commission du N.-B. sur la fracturation hydraulique

Novembre 2015

 

Introduction

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick (FTTNB) représente 20 syndicats affiliés, 333 sections locales et 40 000 travailleurs et travailleuses de tous les secteurs de notre économie et de toutes les collectivités de notre province.

 

Depuis plus de 100 ans, la FTTNB œuvre à l’avancement des droits des travailleurs(euses). D’ailleurs, elle défend les intérêts des travailleurs(euses) en ce qui a trait aux enjeux tels la santé et la sécurité au travail, l’indemnisation des accidents du travail, la sécurité de la retraite, l’égalité, les services de garde à l’enfance, les normes du travail et les droits des travailleurs(euses).

De plus, la FTTNB préconise également de meilleurs services publics, dont les soins de santé et l’éducation, ainsi qu’une politique publique et une législation qui viennent appuyer nos principes de justice sociale et économique, y compris le bien-être général de tous les citoyens.

 

Nous préconisons depuis longtemps des mesures sociales visant à améliorer la qualité de vie de tous les Néo-Brunswickois(es), à améliorer la collectivité et la durabilité de l’environnement et à assurer que nous sommes tous en mesure de faire de cette province un meilleur endroit où vivre pour la prochaine génération. Alors, c’est dans ce contexte que la FTTNB présente ce mémoire au comité de révision.

 

Préoccupations environnementales

Depuis des décennies, divers types de technologies de fracturation sont utilisés dans l’industrie pétrolière et gazière. Cependant, les nouvelles générations de cette technologie ont soulevé des préoccupations considérables sur le plan environnemental dont, entre autres :

  • la pollution des sources d’eau, car les produits chimiques utilisés dans la fracturation hydraulique et les émissions de gaz méthane qui sont rejetées au cours du processus s’infiltrent dans le sol et les sources d’eau souterraines;

 

  • les grandes émissions de gaz à effet de serre, y compris le gaspillage de gaz brûlé et le rejet de grandes quantités d’émissions de méthane qui contribuent 25 fois plus à élever les températures de la planète que le dioxyde de carbone;

 

  • les effets imprévisibles de l’injection à haute pression sur la stabilité des formations rocheuses et des surfaces du sol pouvant provoquer des tremblements de terre et d’autres dommages à divers endroits; et

 

  • la destruction de la surface du sol par un forage intense ainsi que la construction de routes et d’infrastructures puisque les puits dans les champs pétrolifères fracturés doivent être beaucoup plus près les uns des autres que dans des champs conventionnels.

 

L’essor des pratiques de fracturation hydraulique dans certains endroits comme au Dakota du Nord a entraîné une expansion rapide de la production pétrolière et gazière aux États-Unis. Toutefois, il s’avère de plus en plus évident que cette nouvelle production sera de courte durée, car les puits fracturés ont tendance à s’épuiser bien plus rapidement que les puits conventionnels.

 

Préoccupations relatives à la santé et à la sécurité

Des questions de sécurité liées à la fracturation sont également troublantes, notamment sur les conditions de santé et sécurité des travailleurs(euses) qui travaillent dans des conditions dangereuses semblables à l’époque de la ruée vers l’or. Des enquêteurs pensent maintenant que les propriétés explosives uniques du pétrole issu de la fracturation ont joué un rôle dans la tragédie du lac Mégantic au Québec en 2013, puisque le train transportait du pétrole brut issu de la fracturation provenant du Dakota du Nord.

 

Répercussions économiques et profit à court terme

L’expansion de la fracturation hydraulique a aussi eu des incidences économiques considérables et dommageables. L’augmentation soudaine sur le marché de nouvelles sources pétrolières et gazières américaines a entraîné une baisse des prix du gaz naturel à leurs plus bas niveaux historiques sur le continent. Les flux normaux de l’énergie ont aussi été déplacés. Par exemple, le Canada importe maintenant des États-Unis des quantités considérables de gaz issu de la fracturation, ce qui perturbe les flux traditionnels du gaz de l’Ouest canadien et porte atteinte à la situation financière de nos principaux systèmes de gazoducs est-ouest. Cette augmentation des approvisionnements en gaz et pétrole issu de la fracturation risque de ne pas durer longtemps. Il serait malvenu pour le Canada et le Nouveau-Brunswick de réorienter leur infrastructure énergétique autour d’une augmentation à court terme d’une source d’énergie non viable.

 

Le Nouveau-Brunswick pourrait se modeler sur la province du Québec et l’État du Maine aux États-Unis en exploitant les domaines de l’énergie éolienne, de l’énergie solaire et d’autres sources d’énergie propre. Tout ce qu’il faut, c’est la volonté politique.

 

Droits des Premières Nations

Un autre aspect troublant de l’industrie pétrolière et gazière, au Canada et ailleurs, a trait à son impact sur les relations avec les collectivités des Premières Nations. Nos confrères et nos consœurs des Premières Nations ont des droits issus de traités qui doivent être respectés par les gouvernements fédéral et provincial. Les collectivités des Premières Nations doivent avoir le droit d’exercer librement leur choix d’explorer le développement des ressources sur leurs terres. D’ailleurs, ce problème est particulièrement grave avec la fracturation hydraulique, car cette méthode demande une plus grande étendue de terres comparativement aux autres méthodes d’exploration et d’extraction et il est fort probable que l’industrie avide de profits donnera lieu à un phénomène de courte durée. Les militant(e)s des Premières Nations au Nouveau-Brunswick et ailleurs expriment avec insistance, détermination et passion qu’aucune exploration ou extraction de ressources ne peut avoir lieu sur leurs terres sans leur consentement pleinement éclairé et un partage généreux des retombées économiques.

 

En outre, un grand nombre de Canadiens partagent ces préoccupations concernant les dommages potentiels sur les plans économique, social et environnemental d’une industrie pétrolière et gazière mal réglementée. Les provinces du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador ont toutes deux imposé un moratoire sur les nouveaux projets d’exploration de fracturation hydraulique. De plus, d’autres provinces et régions analysent également les risques et les répercussions de la fracturation hydraulique.

 

Conclusion

Pour toutes ces raisons, la FTTNB appuie l’imposition d’un moratoire à l’échelle du Nouveau-Brunswick sur les activités de fracturation hydraulique. Ce moratoire ne devrait pas être levé avant que les risques sur la sécurité et l’environnement associés à la fracturation hydraulique n’aient été analysés adéquatement. Les collectivités des Premières Nations doivent également donner leur consentement pleinement éclairé aux activités de fracturation hydraulique sur leurs terres traditionnelles avant que le moratoire ne soit levé.

 

La FTTNB exprime sa solidarité envers les efforts non violents déployés par les collectivités des Premières Nations en vue de faire valoir leurs droits issus de traités et de résister à toute nouvelle activité de fracturation hydraulique sur leurs terres. Par ailleurs, plutôt que d’être guidés par des variations à court terme des prix et des bénéfices pour les producteurs privés du secteur de l’énergie, le gouvernement du Nouveau-Brunswick devrait développer et mettre en œuvre, en collaboration avec d’autres parties intéressées pertinentes, un plan visant une industrie de l’énergie stable et durable qui respecte nos engagements sociaux et environnementaux et génère une richesse durable pour tous ceux et celles qui vivent ici.